Le Fou, l’âme de John Whelan

Le Fou, l’âme de John Whelan

Figure incontournable de la nuit parisienne, John Whelan, créateur du bar Le Fou, n’en est pas à son coup d’essai. Après le Pompon, le Carmen et le Faust, ce directeur de création touche-à-tout livre un nouvel univers qui fait la part belle à la tradition de l’American bar, touche à la légèreté des années folles et nous donne l’impression de pénétrer dans un lieu déjà chargé d’histoire. Figure passionnée et passionnante, il appose un regard très personnel sur la culture contemporaine. Car outre une esthétique pensée jusque dans ses moindres détails, Le Fou c’est aussi et surtout un lieu de fête et de rencontre. Avec un piano Zimmermann placé au centre de la pièce, le ton est donné. Tout est fait pour que la danse des uns et la musique des autres se mêlent dans un joyeux bazar. Et si la fatigue se fait sentir, on peut toujours siroter un cocktail sous le regard de serveurs au classicisme sorti du siècle dernier. La suite de l’histoire s’écrit au sous-sol. Ici, pas de DJ, mais des groupes punk et rock qui nous entraînent dans une fête lancinante interminable. Le Fou, ou comment vivre nos années folles selon John Whelan.

Le Fou, 37 bis, rue du Sentier – 75002 Paris.

Luminaire Suspension Bar Le Fou Paris Sentier
Bar Le Fou Comptoir Déco Années folle Paris Sentier

John, pouvez-vous nous raconter votre histoire ?

John

Je suis venu à Paris il y a 10 ans pour vivre une aventure. Je devais être attiré par ces filles parisiennes qui fument, pour qui “oui” veut dire “non ” et “non” veut dire “oui”. Et j’y suis resté. Mon premier boulot était à Publicis, en tant que créatif. Mais à l’âge de 25 ans, je commençais déjà à m’ennuyer, je me demandais ce qu’il me restait à faire, à part encore des pubs, qui sont jetables et que les gens oublient immédiatement. Je pense que je commençais à avoir des idées responsables et que je n’étais compatible avec mon environnement. Je me suis demandé ce que je savais faire. J’aimais la musique, le design, le style, les gens, et je pensais que l’hospitalité réunissait tout ça. J’ai alors réussi à convaincre Omar, de Chez Omar, de se lancer dans un projet qui était le Pompon. Cela a marqué un tournant. Au final, j’ai créé cinq lieux à Paris et ils ont vraiment une ressemblance. Il y a une patte commune et une évolution entre tous ces projets.

Le Fou, qu’est-ce que c’est ?

John

C’est un American bar dédié aux concerts de jazz. L’acoustique et le lieu ont été pensés comme à l’époque où les musiciens jouaient au milieu des gens. Pour ce projet, je dirais que j’attendais l’alignement parfait des planètes. C’est un peu ground 0. Celui dont je suis le fier. C’était vraiment important d’atteindre un but à la fois dans le design et dans les mondanités. Designer un lieu qui a une esthétique au standing international, cela demande de la patience, de l’investissement. Les autres lieux que j’avais faits, comme le Pompon, le Faust ou le Carmen, je les avais créés en utilisant l’image 3D pour guider les architectes. Mais c’était un peu flou, car la 3D c’est un mood. Ici, tous les éléments, les suspensions, le mobilier, le bar, ont été réalisés sur mesure. Les peintures ont quant à elles été faites sur commande par un ami, le peintre De Rrusie. Ce projet me permettait de faire la transition du directeur artistique au designer. J’ai un peu de mal à assumer le mot “designer”. C’est un terme un peu pompeux. J’ai toujours préféré directeur de création.

Portrait John Whelan Bar Le Fou Sentier Paris
Luminaire Déco Bar Le Fou Paris Sentier

Quelles ont été vos inspirations pour sa réalisation ?   

John

Vienne, à la fin du XIXème, début XXème siècle. Notamment le Wierner Werkstätte, un groupe d’architectes assez avant-gardistes, issu de la sécession viennoise. On pourrait les qualifier de proto-modernistes. Ils commençaient déjà à simplifier les formes, mais toujours avec beaucoup de noblesse dans les matériaux utilisés et une touche d’ornementation. Il y a aussi eu l’influence d’Adolph Loos, qui y a créé le premier American bar, dont la forme est devenue par la suite une institution dans le monde du bar à cocktails aux serveurs en vestes blanches. Le design intemporel et classique de ce bar existe toujours. Il a été un peu copié par par exemple. C’est un univers qui est très masculin, avec des couleurs chaudes et qui rappelle beaucoup les salons pour hommes du XIXème siècle. Mon autre référence a été l’art déco. Je ne voulais pas faire un pastiche d’un projet autrichien, je voulais aussi que l’héritage et la culture parisienne imprègne l’endroit. Donc il y a pas mal d’allusion à cela, comme à Maurice Dufrène par exemple.

Pourquoi ce nom, Le Fou ?

John

Peut-être parce que l’on me définit souvent comme ça. Le fait que je sois british et roux, cela challenge un peu les Parisiens. J’ai conçu ce projet au retour d’une année passée en Touraine, année un peu folle aussi. C’était assez autobiographique comme nom, je voulais satiriser le fait que les gens disent que je suis fou.

Quels ont été vos choix concernant le bar ?

John

Pour les cocktails, nous croyons dans les originaux et proposons des choses assez classiques. Il est vrai que je suis sceptique vis-à-vis de l’innovation. Il faut que cela soit vraiment mieux pour pouvoir dire que c’est mieux. Les serveurs ont une tenue qui rappelle celle des bars à cocktails du XIXème : veste blanche, costume et cravate en tricot bordeaux mais associés à un look marqué. Certains sont tatoués et percés. Ils sont donc très classes et un peu punk à la fois.

Comment décririez-vous votre patte ?                          

John

Intemporel et punk. Arriver à l’intemporel, c’est le dur. Cela nécessite une réflexion et un travail poussé de la part du designer. J’espère que ce lieu ne sera pas daté dans dix ans. Quand tu travailles uniquement avec des matériaux nobles, comme l’acajou d’Afrique, le cuir d’Italie ou le granit brésilien, le temps est un allié qui fait évoluer l’esthétique de l’espace. La peinture a été faite par des peintres décoratifs, la patine a donc des tons et des couleurs beaucoup riches qu’un simple coup de peinture. Il y a de l’âme, comme si les murs avaient été teints par la fumée des cigarettes pendant 100 ans. Ici, je pense que nous avons réussi à saisir un peu le temps passé.

Banquettes Bar Le Fou Paris Sentier
Peintures Mur Déco Bar Le fou Marais Paris

Avez-vous envie de vous lancer dans le design d’objet ?

John

Oui, et je pense qu’en 2017, deux choses iront dans ce sens. Je sépare ma boite en deux, avec un côté création design et un autre agence branding, graphisme, publicité. En parallèle, je travaille à la conception d’un magazine bi-annuel qui sera à la fois l’incarnation d’une esthétique, mais où l’on puisse aussi discuter d’une vision du monde, parler de politique, d’art et de peinture. En fait, de tous les trucs qui m’intéressent. J’ai toujours eu envie de diriger un projet du genre mais je n’avais pas encore trouvé l’équipe. Maintenant que je l’ai, nous allons pouvoir faire de notre création un endroit où argumenter, discuter et avoir enfin une plateforme pour rencontrer les gens qui nous inspirent. Je pense par exemple à , avec qui j’ai pu collaborer. Ils ont une vision à contre-courant des tendances actuelles, aux univers ultramodernes et épurés. Ce sont vraiment d’abord des philosophes et ensuite des designers. Ils ont une pensée du design que j’aime énormément. Je ne suis pas non un futuriste, je n’ai pas envie de vivre dans un univers blanc et froid avec des écrans qui bougent, ça me saoule ! Le seul truc qui me gêne chez moi, c’est mon iPhone, et je pense que je parle au nom de beaucoup de monde. Pour moi, l’hôtellerie est une des choses les nobles et civilisées que nous ayons réussi à faire, entremêlant accueil, glamour, et mondanités. Toutes ces innovations qui existent grâce aux nouvelles technologies, il faut vraiment se poser la question : est-ce que cela innove, ou est-ce que ce n’est pas un piège du progrès ? Ce magazine va nous permettre d’articuler et de commenter ces sujets. Je pense que ces lieux, et tout ce que je fais en général, sont simplement une extension de quelque chose de beaucoup sérieux, comme une matérialisation de mes convictions.

Quels sont vos projets pour la suite ?

John

Un autre projet de design, mais impossible d’en parler tout de suite.

Peintures Mur Bar Le fou Marais Paris
Salon Piano Déco Années Folles Bar Le fou Marais Paris

Crédits : Eve Campestrini @thesocialitefamily

Inspiration déco...

Maison Lautrec, quintessence de Pigalle

Maison Lautrec, quintessence de Pigalle

Le Lautrec a toujours été ce bar de quartier sans prétention et constamment bondé, étape évidente de toute déambulation Pigallienne. Puis Cédric Munier, Camille Genton, Axel Bonnichon et...

Vous aimerez aussi

Aucun commentaire

Ajouter un commentaire

eva-mebel.xyz

nl.ua/ru/poly/teplyi_pol

читать далее www.nl.ua

www.gazon.net.ua

Socialite Newsletter

Moments capturés. Des intérieurs. Des personnalités. Chaque mois, seulement pour vous.